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Apocalypses, la disparition des villes. De Dresde à Detroit (1944-2010)
18 Novembre 2011-12 Février 2012
Avec les photographies de :
> Londres: Lee MILLER > Allemagne: Richard PETER, Ewald GNILKA , August SANDER, CHARGESHEIMER, Hermann CLAASEN, Karl Hugo SCHMÖLZ, Herbert LIST, Friedrich SEIDENSTÜCKER, Erich ANDRES, Herbert HOFFMANN, Fritz ESCHEN, Werner BISCHOF, Ewald GNILKA. > Varsovie: Leonard SEMPOLINSKI, Zofia CHOMETOWSKA, Maria CHRZASZCZOWA. > Hiroshima: Hiromi TSUCHIDA. > Beyrouth: Gabriele BASILICO, Anne-Marie FILAIRE. > Aujourd'hui, les villes fantômes: CHARGESHEIMER, Namsik BAIK, Philippe CHANCEL, LUCIE et SIMON, Chen MU, Yves MARCHAND et Romain MEFFRE, Frederic DELANGLE. ___ « Nos villes, emblèmes de la modernité, sont des organismes fragiles, elles sont mortelles mais ce sont les hommes plus souvent que la nature qui les ont détruites au cours de l'Histoire. La photographie, depuis sa naissance à enregistré ces tragédies : villes de l'Amérique sécessionniste rasées par les troupes nordistes, monuments de Paris incendiés par les « pétroleuses » de la commune, cathédrale de Reims écrasée par les bombes allemandes en 1916. Mais c'est avec la Seconde Guerre mondiale et les "progrès" des explosifs que ces destructions atteignent une ampleur inégalée et aboutissent à l'anéantissement total d'innombrables villes d'Europe et d'Asie. Dresde est totalement détruite les 13 et 14 février 1945 par trois vagues de bombardement. La ville historique jusque-là épargnée est totalement détruite. C'est en septembre 1945 que Richard PETER grimpe au sommet de la tour de l'Hôtel de ville pour réaliser cette vue plongeante sur les ruines de la "Florence de l'Elbe" qui deviendra une des icônes de l'historiographie de la destruction des villes allemandes. En 1949, il publiera un petit livre : « Dresden, eine Kamera klagt am » (« Dresde, une caméra dénonce ») qui est un des fleurons de cette « photographie des décombres » (« Trummer fotografie ») qu'illustrèrent aussi Hermann CLAASEN (« Le chant du brassier, 1949 »), August SANDER (les décombres de « l'atelier du photographe » à Cologne), Herbert LIST (les ruines du palais royal de Munich) ou Friedrich SEIDENSTÜCKER (le Reichstag sous la neige). Le plus extraordinaire est cependant le travail de Karl Hugo SCHMÖLZ, photographe spécialiste de l'architecture il parcourt les ruines de Cologne avec une lourde chambre, multipliant les images au cadre strict qui évoquent à la fois Piranèse et ses lointains successeurs de l'école de Düsseldorf. Varsovie fut détruite plus méthodiquement, d'abord par les combats provoqués par l'insurrection puis par la volonté de l'occupant nazi d'effacer toute trace de la culture polonaise. Leonard SEMPOLINSKI ne s'attache pas au pittoresque de la vie dans ces champs de ruine mais veut témoigner de la mort d'une capitale. C'est le 6 août 1945 qu'un bombardier, lâche dans le ciel clair d'Hiroshima la première bombe nucléaire, baptisée « Little Boy ». L'image de la carcasse du Dôme du Centre de promotion de l'industrie au milieu d'un paysage désert nivelé par l'explosion demeure présente, mais c'est le travail systématique de Hiromi TSUCHIDA sur les objets trouvés dans les décombres : bouteilles ou monnaies fondues par la chaleur, lambeaux de chevelures ou de vêtements, qui continuent à irradier l'horreur de ces quelques instants de fin du monde. Beyrouth incarnait le luxe prospère d'un grand port, épargné par la seconde guerre mondiale. Mais le 13 avril 1975, des militants du parti social nationaliste syrien tentent d'assassiner un dirigeant chrétien lors de la consécration d'une église déclenchant une guérilla urbaine qui dégénèrera, après le massacre des chrétiens de Demour en janvier 1976, en véritable guerre civile. Elle divisera la ville le long de la « ligne verte » en deux durant plus de 17 ans. C'est le constat de ce naufrage que Gabriele BASILICO dresse avec objectivité. Est-ce l'inquiétude de cette apocalypse toujours menaçante qui fait que tant de photographes contemporains traitent de l'espace urbain comme s'il ne subsistait plus de l'humanité que des monuments vides. C'est devenu presque un genre en soi ; en Chine en témoignent les œuvres de Mu CHEN qui a vidé de tout habitant les tours neuves de Canton. Mais aussi ces délirantes constructions des capitales du golf d'Arabie que les photographies de grand format de Philippe CHANCEL transforment en d'inutiles et dérisoires maquettes. Quant à LUCIE et SIMON ils traquent dans leur dernière série, « Silent World », une minuscule silhouette perdue dans des lieux désespérément vides « univers inquiétant où l'homme a disparu et ou le temps est étrangement suspendu ». C'est le vide urbain qui est devenu, au début du XXI ème siècle, une figure de style iconique pour nombre de jeunes artistes, comme si le trop plein de vie appelait le vide et le silence, dans ce silence lumineux, net et propre d'une aube. Comme si cet espace urbain figé dans son éclatante modernité n'était que la métaphore d'une aube nouvelle du monde. Ne reste que la beauté glacée et sans mesure d'un monde sans hommes. » Alain Sayag, commissaire de l'exposition, conservateur pour la photographie au Centre Georges Pompidou de 1972 à 2004. ___ Pavillon Populaire, Montpellier |