« Je peux retourner une vingtaine, voire une trentaine de fois sur le même lieu. » Depuis cinq ans, Alexander Gronsky saisit des paysages ou des situations avec une obsession : documenter un monde où les scènes se répètent sans cesse. Quitte à en saisir le grotesque. D’où le titre de sa nouvelle série, « Repetition », exposée à la galerie Polka. Sa raison ? « Si je veux être honnête, je dois dire que je n’ai jamais fait de projets dans le but de les expliquer à quelqu’un... » Alexander Gronsky préfère le langage des images aux jeux des mots. « Les espaces que je photographie sont des paysages que l’on ne peut pas effacer. Ceux dont il faut garder la mémoire. Ma démarche est purement documentaire. La question n’est pas de savoir pourquoi je montre ces endroits, mais comment je les montre. »Lire la suite
Il y a cinq ans, Alexander Gronsky s’est extirpé des codes classiques de la photographie de paysage que l’on retrouve dans ses précédentes séries, « Less than One » (2006-2008), « The Edge » (2008- 2010), « Pastoral » (2008-2012) ou « Norilsk » (2013).
Avec « Schema », lancée en 2005 et exposée à la galerie Polka en 2017, il commençait déjà à jouer avec tous les atouts de la photographie – flash, temps d’exposition, changement d’angle ou de couleur – pour troubler la perception du spectateur au point de le perdre. Antithèse de l’objectif initial du médium, restituer le réel. Façades d’immeubles identiques et pourtant bel et bien différentes, publicités qui se succèdent et se ressemblent...
L’artiste se servait déjà du principe de la répétition comme d’un « trompe-l’oeil » pour souligner l’aberration de l’urbanisme soviétique.
Dans ses nouveaux travaux, exposés à la galerie Polka ce principe de la répétition devient un procédé systématique. « Nos sociétés ne sont faites que de répétitions. » Et de désirs attendus. « Tout le monde veut les mêmes choses. Je ne veux pas dire que c’est bien ou mal. C’est un fait. Les problématiques que j’explore ne sont pas essentiellement tournées vers le postsoviétisme, mais vers l’universel », rappelle l’artiste.
« Repetition » reprend donc les mêmes techniques que « Schema ». Gronsky saisit des bâtiments presque identiques, implantés à différents endroits et les juxtapose. Sur d’autres oeuvres, le trouble ne vient plus des similitudes architecturales mais des personnages qui vivent dans les univers photographiés. Quels sont leurs comportements ? « J’essaie de soulever la question de la rébellion. Certains individus prennent la même direction, d’autres tentent d’y échapper. » Autre acte répétitif : revenir à un endroit des années plus tard. « Documenter les changements me paraît important. » Quitte à décomposer le mouvement pour représenter ce que l’oeil humain ne saurait voir, façon Muybridge et donc le raisonnement du spectateur... Interminables répétitions... « La répétition est la plus forte des figures de rhétorique » disait Napoléon. Alexander Gronsky est, avec ce nouveau travail, le plus éloquent des photographes.