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5 novembre - 21 décembre
Polka Galerie

Joel Meyerowitz

“Taking my time”

© Joel Meyerowitz, Courtesy Polka Galerie.

La galerie Polka présente le premier volet de « Taking My Time », un cycle rétrospectif en deux tableaux consacré cet hiver au grand photographe américain Joel Meyerowitz. Autobiographique et méditative, l’exposition plonge dans la mémoire d’un artiste spectateur et comédien qui a traversé les chapitres et les spécialités de l’histoire récente de la photographie. Du snapshot au tableau et de la “street photography” au paysage en passant par le portrait, « Taking My Time » raconte cette aventure. La première partie du voyage, présentée jusqu’au 21 décembre, se concentre sur les travaux précurseurs de l’artiste, de l’aube des années 60 au milieu des années 70. Une série d’images fondatrices, en couleur et en noir et blanc, qui déjà présagent de la suite en racontant Meyerowitz avant Meyerowitz. A 25 ans, en 1962, l’américain croise par hasard — alors jeune directeur artistique dans une agence de publicité — un certain Robert Frank sur un shooting. Fasciné par sa danse serpentueuse il dira: « Je ne savais pas qu’on pouvait bouger à ce point et photographier en même temps. » 

 

L’appareil photo qui a conduit Joel Meyerowitz dans la rue, son territoire originel, son espace de prédilection. C’est là qu’il commence par s’exercer — il est l’un des premiers — à la photographie couleur avant de s’intéresser au noir et blanc. « Tout ce que je voulais, c’était être dehors, dans les rues de New York. Mon premier appareil photo, prêté par mon patron, je l’ai chargé avec une pellicule couleur, sans penser une seule seconde qu’il pu y avoir une autre alternative… » Et il est sorti. Photographiant les passants, les visages, les commerces, la vie bouillonnante de la rue de jour et de nuit, en pleine consécration du Pop art, comme Garry Winogrand qu’il croisait parfois à l’ouvrage dans le métro et à Manhattan. 

 

Des Etats-Unis à l’Europe, où il partira faire son Grand Tour, des rues de New York et Paris aux plages silencieuses de la Californie, de l’Espagne et du Pays de Galles ou encore en road trip sur la route des vacances américaines au temps de la guerre du Vietnam, Meyerowitz le chasseur va peu à peu transformer son exercice photographique en performance physique, quasi-viscérale. Les deux yeux ouverts, sans jamais forcer le destin, à la recherche de ce qu’il appelle des énergies, des interactions entre des personnages anonymes, des villes, des bâtiments, des installations, des espaces naturels artificiels que l’on découvre figés et secrets. 

 

Du 7 janvier au 4 mars 2017, la galerie présentera le second volet du cycle « Taking My Time » :

 

Avec la couleur, l’auteur célèbre de « Cape Light » (1979) et de « Bystanders » (1994) assume le risque d’un nouveau langage : celui de la pellicule Kodachrome et sa proximité parfois dangereuse avec le réel. Le bouleversement sémantique induit par cette nouvelle couche de données par rapport au noir et blanc l’incite à s’intéresser aussi au contexte de ses images. Dans certaines compositions plus théâtrales, plus contemplatives, il fait entrer le hors-cadre, l’excès d’information, dans le métabolisme. L’image parle forcément de ce qu’il y a autour : « Ce que tu mets à l’intérieur et ce que tu mets à l’extérieur du cadre déterminent le sens et surtout le potentiel de l’image. C’est, je crois, ce qui rend la photographie à ce point humaine et romantique. » Onstage, offstage, tout compte. Et le film fixe non seulement la scène mais aussi le ballet du photographe qui s’est caché derrière.