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30 mai - 01 août 2015

Marc Riboud

L'un pour l'autre

Alaska, 1958

L’un pour l’autre
Le goût de l’échange de Marc Riboud

Il est dans l’œuvre de Marc Riboud des images qui dérogent aux règles du reportage auquel il se sentait parfois contraint. Ce sont des photographies isolées qui ne sont pas partie prenante d’ « histoires » telles que les demandait Magnum, mais disent beaucoup à elles seules, de l’investissement personnel du photographe. Détachées de toute actualité ou évocation sociale, ces prises de vue convenaient mieux à sa nature rêveuse et à son goût de l’échange avec cet autre qui se présente impromptu devant lui et qu’il aborde avec l’humilité courtoise qu’on lui connaît.

Cette sélection privilégie les images de rencontres, dans lesquelles il ne se passe rien de spectaculaire ou de décisif, mais où quelque chose de subtilement indéterminé advient, comme un trait d’humanité partagée. Dans l’instant de cette transaction improvisée, quand le regard fonde le sentiment d’une compréhension réciproque, le photographe se reconnaît quelque peu (a minima) dans l’autre qu’il photographie. « Voir et découvrir le monde avec l’étonnement d’un enfant » est un credo fondateur pour Marc Riboud, à la recherche d’une relation fugace par viseur et objectif interposés. Mais il y faut une aptitude à se faire donner ce regard de l’autre, sans effraction, et pour cela rester à bonne distance mentale autant que physique ; ne pas se fondre illusoirement avec son sujet, précisément pour ménager la possibilité d’un étonnement : « si on devient l’autre, comment avoir la surprise de l’autre ? » écrivait Marc Riboud. C’est cet « autre » de la photographie qui nous autorise, spectateurs, à y projeter nos propres affects, à y détecter des significations qui confortent notre étonnement, tout comme Marc Riboud s’étonne de projeter nettement une ombre géante sur un sol informe.

Ce parcours est accompagné, en contrepoint, d’images qui paraissent dénuées de toute présence, et comme saturées de signes sans éloquence. Pourtant, l’impression qu’elles « nous regardent » perdure : c’est le regard de Marc Riboud qui nous revient en miroir, plein de ses étonnements.

Michel Frizot