En décembre 2021, Abdulmonam Eassa et Edouard Elias se sont rendus dans les montagnes du Jebel Marra, au Soudan, pour rencontrer les Four et autres Darfouriens réfugiés dans ces hauteurs après des années d’exactions commises dans la région par les milices Janjawids. Auprès de civils mais aussi de combattants de l’ALS-AW (Armée de Libération du Soudan dirigée par Abdelwahid Mohammed Nour) ils ont réalisé à la chambre (sur pellicule noir et blanc) des portraits et des paysages des lieux. Ce travail à quatre mains a été réalisé par deux photographes mais un seul appareil, alliant plusieurs savoirs-faire et savoir-être.Lire la suite
Abdulmonam Eassa, photographe de 27 ans, s’est installé à Khartoum en décembre 2020 pour couvrir l’actualité soudanaise, marquée depuis octobre 2021 par un coup d’Etat militaire. Il parle l’Arabe, sa langue natale, et a tissé au fil du temps un réseau d’amitiés et de contacts dans le pays, lui permettant de comprendre les événements au plus près. Accompagné par Eliott Brachet, journaliste indépendant, il a travaillé dans de nombreuses régions du Soudan. Edouard Elias, quant à lui, est moins familier des lieux. Il a effectué plusieurs courts séjours au Soudan avant de débuter ce projet. Il a apporté son expertise technique de la photographie artisanale anténumérique (à la chambre 10x12cm), la gestion des chimiques, des produits de développement et des pellicules.
Deux visions, deux approches, ont donc été nécessaires pour faire aboutir ce projet. De sa planification aux tirages finaux, en passant par chaque prise de vue, les deux photographes ont dû combiner leur sensibilité et leur regard.
Pour chaque image, les photographes ont demandé aux personnes rencontrées de poser devant un lieu familier pour capturer un instant de leur vie quotidienne. Après chaque prise de vue, une seconde photographie réalisée à l’appareil instantané Instax (polaroid) leur a été remise. Ensuite, toutes ces personnes photographiées dans le Jebel Marra ont eu l’occasion d’écrire, de façon manuscrite, ce qu’ils souhaitaient raconter de leur vie : de leur présent, mais aussi de leur passé après des années de guerre ou simplement de leurs espoirs et leur vision de l’avenir.
Ce projet est le fruit d’une étroite collaboration entre les photographes et les photographiés.