Lieux d'épanouissement de l'ultra capitalisme, les pays du Golfe inventent un temps nouveau, toujours plus rapide, toujours plus orienté vers un futur fantasmé. Desert Spirit est un récit de voyage qui témoigne d'une extravagance démesurée avec gratte-ciels, îles artificielles et panneaux publicitaires tape-à-1' oeil. La première vision qui accueille le lecteur arrivant, tel le voyageur, par l'autoroute, est un mirage, évidemment. Si Dubaï est une ville-spectacle, on y entre avec Philippe Chancel par les coulisses. Les grands décors plantés dans le désert sont à la fois bien réels et hautement métaphoriques. Aller aujourd'hui à Dubaï, où les plans fournis portent la trace de bâtiments en devenir, c'est faire quotidiennement l'expérience du fossé entre ville réelle et ville virtuelle. Chancel joue de cette ambiguïté, le lecteur étant balloté, dans ses vues générales, entre vues aériennes réel1es et vues de maquettes, parfois jusqu'à l'indécision. Et s'y repérer devient d'autant plus difficile que nul humain ici pour faire échelle. Sous l'objectif de Philippe Chancel, Dubaï, lieu tiré du désert, demeure un lieu désertique, au sens de dépeuplé.