« Lartigue n’est pas un photographe sportif, c’est un photographe total », dit de lui Marion Perceval, directrice de la Donation Lartigue. A quelques semaines des JO de Paris, Polka présente le travail de l’artiste dans le cadre d'une grande exposition hommage à la galerie Polka, du 31 mai au 7 septembre. De la Belle Epoque aux années 1980, il a photographié tout ce qui bougeait : matchs de tennis, épreuves de ballon ou d’aviron, jeux de plage, divertissements à ski, sur neige ou sur eau, courses automobiles, mais aussi les concours d’élégance qui se tenaient aux abords des terrains…
Car loin de l’effort et de la sueur, Jacques Henri Lartigue aimait le sport pour la beauté du geste. Et de l’art de vivre en plein air.
Dans l’atmosphère d’anglomanie qui se développe à la Belle Epoque, l’idéal du sport en tant qu’art de vivre s’impose à la bourgeoisie française comme un loisir quasi aristocratique, à l’image de ce qu’il est pour les élites britanniques formées dans les très prestigieuses écoles et universités d’Eton, de Cambridge ou d’Oxford… Pas étonnant de retrouver Jacques Henri Lartigue au coeur de cette jet-set, à Biarritz ou à Nice. Pour autant, Lartigue n’est pas, au sens propre, un athlète. C’est un sportsman.
Les membres de sa famille comptent parmi les premiers vacanciers à fréquenter, avant la Première Guerre mondiale, les Alpes françaises ou suisses, où, sous le regard médusé des locaux, ils s’adonnent au ski nordique. Ses images racontent ce temps où le sport était pratiqué en vêtements civils. Il est vrai que Suzanne Lenglen, saisie à l’entraînement à Nice en en mai 1921, joue toujours en robe longue. Et que René Lacoste n’a pas encore découpé aux ciseaux les manches de sa chemise de ville pour libérer son geste.
Contemporain de l’apparition de l’automobile et de l’avion, Jacques Henri Lartigue se passionne aussi pour les machines, qui font du XXe siècle celui de l’accélération. Le peuple de regardeurs chics, portant canotier ou haut-de-forme, qui naît au bord des routes ou le long des champs de courses n’échappe pas non plus à l’oeil du photographe...
Pour autant, Lartigue n’a pas une pratique sportive attitrée, comme en témoignent ses nombreux clichés d’aviron, de natation, de ski nautique, de marche, de course, de ballon, de ski, de patin à glace… Sans autre bénéfice qu’un accomplissement personnel, le photographe et son entourage de jeunes gens « à la mode » consentent gratuitement à des prouesses physiques.
Rares toutefois sont les images présentant des corps en plein effort ou à la peine. Pas de sueur, pas de souffrance. Pour cette société, l’activité doit n’être qu’un continuum de plaisirs. Pour la beauté du geste.