Depuis le mois d’août 2025, je développe un projet photographique au long cours, en collaboration avec l’ association Orphéos, accompagnant des femmes victimes de violences sexuelles dans leur processus de reconstruction à travers l’équithérapie et la danse.Lire la suite
Je suis le parcours de cinq femmes, sur plusieurs mois, dans une démarche d’immersion mêlant observation, photographie expérimentale, recueil de témoignages et écriture.
Ce travail interroge les formes possibles de reconstruction, après le traumatisme. Loin d’un documentaire frontal ou explicatif, j’ adopte une approche poétique et sensible, volontairement non littérale. Il s’agit moins de montrer que de traduire ; rendre perceptibles des états intérieurs, des fragments de vies et de mémoire, des mouvements discrets mais puissants de réparation. La photographie devient un espace de transformation, où l’image se construit par strates, altérations et gestes, acceptant l’incomplétude et la fragilité comme langage.
Murmures Indociles s’appuie sur des procédés plastiques variés ; papiers artisanaux, craies, peintures et interventions manuelles instinctives, afin de faire de l’image une matière vivante, poreuse et engagée. Ces choix formels entrent en résonance avec les parcours des femmes accompagnées : des corps marqués mais en mouvement, des récits “disloqués” qui se recomposent, une autonomie farouche qui se réinvente dans le temps.
A la croisée du documentaire, de l’écriture intime et de la recherche plastique, Murmures Indociles s’inscrit dans la continuité de ma démarche photographique, amorcée notamment avec Deuil blanc (série précédente inspirée par mon parcours personnel auprès de ma mère malade) tout en marquant une étape décisive.
La photographie devient un outil d’écoute et de présence pudique, un espace de réparation symbolique, prolongeant et affirmant une pratique envisagée comme profondément humaine et engagée.
Le cheval évolue en liberté, sans mors, sans selle ni harnais. Le consentement de l’ animal est au cœur du processus.
Il n’ est ni outil ni support thérapeutique, mais un être sensible pleinement engagé et considéré. Sa présence impose un nouveau rythme, une attention accrue, une écoute réciproque. Il agit comme un révélateur des émotions, des limites, des élans possibles. Sensible aux émotions humaines, il engage une relation fondée sur l’ attention mutuelle. L’animal autorise l’ approche, le contact, le guidage ; la participante observe, se présente, écoute, attend et ajuste son geste. La confiance se construit lentement, dans la douceur et la durée.
Les mains se réchauffent alors au creux des crins. Les souffles se rencontrent, visibles dans le froid du matin et se mêlent ; ils deviennent indissociables.
Cinq témoignages écrits, anonymisés et recueillis sur la base du volontariat, prolongent et déplacent le regard porté par les images. Les textes ne viennent ni expliquer ni illustrer les photographies, mais les traverser, comme des voix intérieures affleurant à la surface de l’image. La potentielle monstration de Murmures Indociles est pensée comme un espace sensible et évolutif, où l’écrit et le photographique coexistent, sans hiérarchie. Impressions sur textiles, calques translucides superposés aux tirages, fragments textuels partiellement visibles ou volontairement voilés : les dispositifs envisagés invitent à une lecture lente, fragmentée, respectueuse de l’intimité des récits.