Nicolas Comment

Cavale (2019)

Nicolas Comment

Né en 1973

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(digest)

Le train des années 90 qui part de Saint Lazare dessert Lisieux et son décor de science fiction.
On y emprunte bientôt une micheline à remonter le temps. 

Soudain, le heurtoir à lanterne rouge
du terminus de la gare clignote en bout de piste : retour aux années folles. 

Deauville : un village de Western, désert en cette saison. Dans ses rues nues, par où le vent s’engouffre,
les goélands pourchassent les « virevoltants » : tumbleweed. 

Far Ouest. Ponant. Normandie, notre Californie ? 

Un village tiré au cordeau, fait pour les duels. 

Ici c’est colt contre colt Zographos contre Citroën Foujita face à Van Dongen Sagan versus Duras 

Western encore, cavale :
Celle de Jacques Mesrine et de François Besse qui braquent le Casino le 26 mai 1978
et emportent très exactement, 136 774 francs. 
Un film policier tourné à balles réelles. 

Cependant qu’un autre ennemi public n°1 s’avance « dans une forêt de couteaux » pour venir s’écrouler au pied de l’hôtel Normandy,
visage face contre le bitume, baignant dans
une marre de sang, le 12 janvier 97. 

Le village aux petits carreaux – « comme un damier » dit Granville –, est un décor qui attend ses acteurs, ses comédiennes. 
Arlequinades. Fiction. 

Dans ce décor, une femme passe. Je n’ose écrire la mienne. 
Actrice du film de ma vie. Passante considérable. 

Semblable au temps qu’il fait en Normandie.
Changeante comme les couleurs de la mer.
Elle passe à l’orage, gronde comme le tonnerre, se déchire comme l’éclair. 
D’une « beauté météorologigue » dirait Baudelaire. 
Et c’est comme si nous roulions à l’envers.


Descendue d’une « glissante Hispano ».
Telle Bibi en robe Paul Poiret, devant le Normandy, ou Renée Perle à Villerville.
Telle Suzy Solidor qu’Yvonne de Bremond d’Ars sculpta comme une œuvre d’art,
en garçonne 

A Long-term Muse ? 
Dans son imper de skaï noir, sur la digue brise-lames, dans sa cape écossaise, durassienne. 
En stiletto,Go d’Ernest. Ces souliers des danseuses du Crazy-Horse. Telle Rita Cadillac, sur l’estacade. 

Vision de pattes de lévriers sur les Planches comme des notes de musique sur une partition. 
En cavale
Tels ces sabots de chevaux qu’on vernit au pinceau, à Deauville. 

Échappée de la prison de sa robe, le grillage de ses bas résilles, les barreaux d’un porte-jarretelle. 
Cavale : femelle du cheval. 

Au loin, le port d’Antifer et les tours blanches de la centrale thermique du Havre se détachent sur le ciel gris métal : couleur « dos de sardine ». 

Dans la chambre Coco Chanel où j’écris ces notes,
s’élève la voix de Pierre Barouh – « Vous avez mon salut » – tandis que sur la plage, en contrebas, Peter Lindbergh et son peloton d’exécution
mitraillent un mannequin sur la plage. 
Il y a 30 ans, le même y photographiait Naomi Campbell dans le plus simple appareil. 

Délivrée de ses vêtements. 
Pur-sang Mustang 184 200 cv 
Sur la mer, à l’horizon, la voile jaune d’un petit croiseur côtier – qu’on désigne encore sous le nom de « Cavale » –, dérive. 
Deauville, printemps 19