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Yves Marchand & Romain Meffre

The Ruins of Detroit

Yves Marchand & Romain Meffre

nés en 1981 à Orsay et en 1987 à Châtenay-Malabry (France)

Yves Marchand et Romain Meffre ont commencé à s’intéresser aux ruines en 2001. Ces images apparaissent comme un moyen de capter l'état des choses difficiles à conserver. Les photographes poursuivent d'abord leurs investigations en Europe. Mais un projet retient leur attention outre-atlantique: les Etats-Unis, et plus particulièrement la ville de Détroit, révèle la ruine autrement: ici, elle n’est plus anecdotique mais logique. Elle devient presque naturelle, élément fondamental du paysage.

En 2005, leur séjour fait l’objet d'une toute première exposition. C’est sur ce projet que les deux autodidactes développent une vision commune, systématisant l'utilisation d'un seul appareil pour deux. Leur premier livre Détroit, vestiges du rêve américain, fruit d’une collaboration de cinq ans, est publié par Steidl en 2010.Lire la suite

CONTEXTE HISTORIQUE

C’est au début du XXe siècle que Detroit commence sa fulgurante ascension. En 1913, Henry Ford, fait construire sa toute première chaîne d’assemblage de voitures à grande échelle. Il est sur le point de générer sa propre révolution industrielle. General Motors, Chrysler, Dodge, Cadillac... tous les grands constructeurs lui emboîtent le pas. Détroit devient rapidement la capitale mondiale de l’automobile, "Motor City", l’une des villes les plus prospères au monde. Des entrepreneurs, des ingénieurs et des immigrants viennent embrasser le rêve américain.

La voiture devient le pilier de la vie moderne, les populations peuvent se déplacer plus vite et plus loin. Ainsi dès les années 50, Détroit subit une première transformation. De nouvelles usines investissent la proche banlieue et font fermer les anciennes, situées au cœur de la ville. La logique industrielle que Détroit a créée se retourne peu à peu contre elle. En 50 ans à peine, la ville a perdu plus de la moitié de sa population, passant de presque 2 millions d’habitants à 700.000 aujourd’hui. Détroit a alors vu se multiplier des ruines, dans une logique d’abandon radicale, comme si ses bâtiments et la ville elle-même étaient devenus des produits jetables.

Détroit est aujourd’hui un lieu où la frontière entre le rêve et le cauchemar américains, entre la prospérité et la pauvreté, entre le permanent et l’éphémère est puissamment et douloureusement visible. Aucun endroit n’incarne davantage les forces créatrices et destructrices de la modernité qu’elle. Elle était autrefois la capitale industrielle du XXe siècle et 4e ville américaine. Ses ruines, grandioses, offrent aujourd’hui la vision sublime et terrifiante de la chute fulgurante d’un empire.