Joakim Eskildsen

American Realities

Joakim Eskildsen

né en 1971 à Copenhague (Danemark)

"1 Américain sur 6 vivait sous le niveau de pauvreté quand Kira Pollack, directrice de la photographie à Time Magazine, m'a chargé de capturer la crise croissante.Lire la suite

Pendant 36 jours étalés sur 7 mois en 2011, accompagné de la reporter Natasha del Toro, j'ai traversé les états de New York, de la Californie, la Louisiane, le Dakota du Sud et la Géorgie, visitant les endroits avec le plus haut taux de pauvreté d'après les données du recensement. 

Les presque 50 millions d'Américains démunis sont une population hétérogène ayant des origines variées. Certains sont récemment devenus pauvres, d'autre sont des immigrants provenant de situations précaires, rêvant des possibilités offertes aux États-Unis. 

Bien sûr, la pauvreté aux États-unis diffère de la pauvreté dans les pays en cours de développement. Les personnes vivants sous le seuil de pauvreté peuvent avoir des biens matériels, même un travail. Mais ils sont criblés par les dettes, leurs maisons souvent en saisie et être démuni signifie bien souvent devoir mener le mode de vie le plus économe, le plus mauvais pour la santé et le plus risqué. N'importe quel incident  inattendu peut compromettre ce fragile système et mettre ces personnes à la rue.

Quand on vit sous le seuil de pauvreté aux États-Unis, on est plus susceptible de vivre dans un quartier dangereux avec des taux de criminalité élevée. Les maison visités étaient souvent clôturées, les fenêtres recouvertes de scotch pour des raisons de sécurité et les parents avaient peur de laisser leurs enfants sortir. À l'intérieur de ces maisons souvent construites avec des matériaux de mauvaise qualité, la climatisation et la télé tournaient sans cesse. L'influence des médias de masses était massive and nombreux se considéraient comme des nulles car ils ne pouvaient se mesurer aux idéaux présentés à la télévision. 

Le salaire minimum aux Etats-unis était si bas que bien souvent les personnes devaient se trouver plusieurs travails afin de pouvoir se payer une maison, de la nourriture et une voiture. Étant donné que l'infrastructure étasunienne était basé sur le transport automobile et que les transports publics étaient rares, les gens étaient complètement dépendants de leurs voitures : une panne de voiture ou pas assez d'argent pour se payer de l'essence signifiait perdre son emploi ou même sa maison.

Dans les quartiers que nous avons visité, il n'y avait pas d'alternative à la malbouffe offerte à bas prix dans les magasins et chaînes de fast food. La nourriture fraîche, si disponible, était hors de portée pour la plupart, donc la nourriture plus risquée était consommé quotidiennement. La plupart des gens développaient des maladies en lien avec la nutrition malsaine, et pour peu qu'on n'ai pas d'assurance santé, même les plus petits problèmes de santé peuvent menacer la situation économique de sa famille. Nombreux avaient perdu leurs maisons à cause d'un séjour à l'hôpital.

Beaucoup de personnes avec qui nous avons parlé avaient été diagnostiqué comme bipolaire et se soignaient en circonstance : une inquiétante partie d'entre eux étaient des enfants. Nous avons eu l'impression que les docteurs diagnostiquaient leurs patients comme dépressif avec désinvolture. La situation des Amérindiens était encore une autre histoire. L'Histoire est une plaie ouverte et la plupart des gens en souffrent mentalement et physiquement. Ce qui m'avait agréablement surpris était le nombre d'organisations locales qui aidaient de leur propre initiative et bon gré les plus démunis et les SDF d'une manière admirable.

Photographier est pour moi tout d'abord une affaire très personnel. Ainsi, il était essentiel pour moi que j'ai un grand intérêt pour le sujet : si je n'en ai pas, je ne sais pas quoi photographier. La lumière est primordiale pour moi. La critique sociale n'arrive qu'après mais grandit et devient plus intéressante au fil du temps, influençant le processus de photographie. Mais, au premier abord, je veux observer les personnes et les paysages sans biais. Les adjectifs comme riche et pauvre ont peu de sens. Je ne représente pas les personnes pauvres différemment de la manière dont je représente les riches, c'est plutôt une manière de regarder le monde. 

Le mythe du rêve américain est très puissant aux États-Unis et il semblerait que  les gens se sentent désabusés car il est si difficile de survivre en ce moment. Ils disent qu'il n'y a plus de rêve américain. Ceci, disent-ils, est la réalité américaine." 

Joakim Eskildsen