"Voyager au Groenland peut être une leçon d'humilité. Tout du moins, c'est l'impression qu'on a en lisant l'introduction de Knud Rasmussens au compte rendu de sa première expédition de Thulé de 1912 : "Beaucoup des joies et expériences que le voyageur trouve digne d’écrire peuvent paraître naïves et insignifiantes par les plus blasés des citadins, mais je n’ai pas cherché à déguiser cela en simulant un sentiment de supériorité que je ne possède pas. Il est ma conviction que l’abandon total est le résultat de l’ouverture au moment. Comme le laissent entendre ces mots, ce vaste pays, avec sa froideur, ces larges espaces vides et sa population robuste n’a pas besoin de mise en scène dramatique pour parler à son public. Il vaut mieux parler du Groenland d'une voix basse. Il est assez grande en soi."Lire la suite
Cette attitude fait écho au travail du Danois de 23 ans, Jacob Aue Sobol, qui a voyagé dans l'est du Groenland au début du nouveau millénaire. Ni ses images ou ses mots ne crient. Son appareil capture des images violentes sans volonté d'épater. L'intensité des images provient du non-dit, de l'ambivalence, de la discrétion. Sobol voulait originellement prendre des photos dans la commune de Tiniteqilaaq. Même le nom du lieu évoque les fins de la terre : le détroit qui s’assèche à marée basse. Après cinq semaines, il n'en pouvait plus. Il a repris ces photographies et a repris le chemin vers chez lui avec l'impression que son portrait du village était distordu. Quatre mois plus tard, il revint faire face à la petite société qui se révéla avoir plus de couches et de niveaux de significations qu'il n'a tout d'abord perçu.
Et c'est là que le Groenland l'a capturé. Le paysage montagneux s'étalait transparent et lumineux et les eaux glacés l'enchantaient. Il devint ami avec des chasseurs qui se chargèrent de son entraînement. Quand cette nouvelle existence soudainement commença à lui convenir malgré le froid arctique, il pouvait se procurer de la nourriture, la patrie gâtée au sud ne devient qu'un souvenir pâle, et il décida de tester sa force en relevant les défis existentiels du Groenland oriental. Mais, derrière cette décision se cache sa vraie motivation : tomber amoureux de Sabine."
Finn Thrane, directeur du Museet for Fotokunst, Odense, Denmark