La pratique de Kosuke Okahara commence par la fabrication du support lui-même, produisant le papier à partir de fibres. En déplaçant le support photographique longtemps présupposé comme une surface homogène et stable, et en fixant l’image dans un fond matériellement instable, il reconsidère la relation entre voir et percevoir. Fondé sur une recherche soutenue et rigoureuse portant sur les contextes sociaux et politiques qu’il examine, son travail intervient dans les structures à travers lesquelles de telles réalités passent sans être pleinement perçues. Dans une condition contemporaine où la visibilité ne garantit ni l’engagement ni la compréhension, la question de savoir si ce qui est visible implique véritablement une perception devient centrale dans sa pratique.> Lire la suite
Pour Okahara, la photographie n’est pas un outil pour affirmer un point de vue personnel. Elle lui permet plutôt de mettre en lumière la manière dont la société à laquelle il appartient échoue à percevoir d’autres sociétés — des réalités souvent marginalisées ou réduites à de simples savoirs abstraits. Sa démarche interroge ainsi le phénomène de « l’existence non perçue ».
Chacune de ses œuvres est réalisée entièrement à la main, à travers un procédé qui consiste à enduire du papier washi traditionnel japonais d’une émulsion photosensible, puis à tirer les images en chambre noire.
La nature incertaine et imparfaite de ce processus manuel engendre des images à l’apparence flottante, ambiguë — reflétant l’instabilité de la perception de ces réalités, ou plus exactement, leur absence de perception.
Ce travail tactile — enduire, imprimer, manipuler directement la matière — est aussi une manière d’ancrer cette perception incertaine dans une forme physique et matérielle. Bien qu’il s’agisse de photographies, ses œuvres ne se limitent pas au visuel : la texture du support et la superposition des couches jouent un rôle essentiel dans la présence même de l’image.
S’engager avec un monde perçu de manière floue — à la fois par l’image et par la matière — constitue aujourd’hui le cœur de sa pratique.